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- 21 avril 2005
- La mission sur les OGM demande
une pause des essais en 2005
LES ESSAIS de développement
de plantes transgéniques commerciales doivent marquer une
pause en 2005 : c'est ce que demande la mission d'information de
l'Assemblée nationale sur les organismes génétiquement
modifiés (OGM), qui devait rendre public son rapport jeudi
14 avril. "Il est demandé une pause en 2005 sur les
essais de développement qui seraient nouvellement déposés,
est-il écrit dans celui-ci. Dans ce cadre, les associations
de consommateurs et de protection de l'environnement auront la possibilité
d'évaluer l'intérêt, au cas par cas, des expérimentations
et de faire le bilan des essais menés en France."
Pour les parlementaires,
"tant que le futur conseil des biotechnologies n'aura pas pu
procéder à une évaluation de tous les essais
en plein champ, aucune nouvelle semence transgénique ne devra
être inscrite au catalogue des semences et faire l'objet de
cultures commerciales". Cette rédaction a fait l'objet
de vifs débats lors de la dernière réunion
de la mission, mercredi 13 avril. Sous l'impulsion de Pierre Cohen
(PS, Haute-Garonne), et de Philippe Martin (PS, Gers), absent mercredi
soir, mais qui avait laissé une contribution, plusieurs de
ses membres ont voulu rééquilibrer une tonalité
qu'ils jugeaient exagérément favorable aux expérimentations
en plein champ. Le président de la mission, Jean-Yves Le
Déaut (PS, Meurthe-et-Moselle), et le rapporteur, Christian
Ménard (UMP, Finistère), ont préféré
accepter ces concessions pour préserver une large majorité.
"En l'état,
je ne le voterai pas", confiait Nathalie Kosciusko-Morizet,
mercredi après-midi, avant l'examen du projet de rapport
par la mission. "Les deux pages consacrées aux "mesures
de précaution" ne correspondent pas à l'interprétation
que j'ai du principe de précaution", ajoutait la députée
(UMP) de l'Essonne, ancienne rapporteure du projet de loi constitutionnelle
sur la charte de l'environnement, jugeant les titres et les têtes
de chapitre du rapport "partiaux et orientés".
Le Vert Yves Cochet (Paris) estimait, quant à lui, que "le
seul objet de ce rapport, c'est de montrer que "les OGM, c'est
bon" et qu'il ne faut pas se faire avoir par les biotechnologies
américaines".
"STRATÉGIE
DU PAS À PAS"
Au final, le rapport
de la mission parlementaire consacre une "stratégie
du pas à pas", tout en donnant le feu vert aux expérimentations
"dans des conditions rigoureuses". "L'important est
que nous soyons parvenus à un large consensus, se félicite
M. Le Déaut, qui va permettre de déboucher rapidement
sur un texte législatif." Tel était en effet
l'objet de la mission, dont la création avait été
proposée par le président de l'Assemblée nationale,
Jean-Louis Debré, le 5 octobre 2004. Quelques jours plus
tard, le 21 octobre, le président de la République,
Jacques Chirac, annonçait dans un discours à Murat
(Cantal) qu'un projet de loi sur les OGM serait nécessaire
pour "fixer un cadre clair" aux recherches. "Nous
devons aborder cette question avec objectivité, raison, sans
a priori", avait souligné le chef de l'Etat.
Les essais de plantes
transgéniques étaient alors de plus en plus contestés.
Depuis le printemps 2004, plus d'un millier de maires des communes
concernées avaient pris des arrêtés hostiles
à ces expérimentations. Plusieurs exécutifs
régionaux issus des élections régionales de
mars 2004 avaient fait de même. Durant tout l'été,
les Faucheurs volontaires avaient anéanti des expérimentations
de cultures transgéniques.
La création
de la mission parlementaire avait pour but d'apaiser les clivages
avant la présentation d'un projet de loi, dont la mise en
chantier devrait être confiée au ministre délégué
à la recherche, François d'Aubert. En cours de route,
l'intitulé de la mission a changé : initialement constituée
sur les "conséquences environnementales et sanitaires
des autorisations d'essais d'OGM", elle s'est transformée
en mission d'information sur les "enjeux des essais et de l'utilisation
des OGM".
Le rapport parlementaire,
s'il présente une vision positive des OGM, propose cependant
d'encadrer plus nettement leurs expérimentations. MM. Le
Déaut et Ménard appellent de leurs voeux une grande
loi "fondatrice" sur les biotechnologies végétales.
La mission met ainsi
l'accent sur les conséquences négatives qu'aurait
pour la recherche française une prolongation du gel des essais,
cette fois, dans le domaine de la recherche fondamentale (hors essais
de développement). "Alors qu'en France, en 1999, environ
385 hectares se répartissant entre 366 sites consacrés
à des essais en plein champ, 7,2 hectares, répartis
sur 48 sites, -étaient- concernés en 2004. Mais sur
les 48 parcelles en place, 26 ont été totalement ou
partiellement détruites", relève le texte.
Elle estime que la
destruction des essais conduit "nombre d'équipes de
recherche" à "partir travailler à l'étranger"
et "décourage également les vocations" de
jeunes chercheurs. Sur le fond, elle ne voit que des avantages aux
cultures transgéniques : les risques en seraient surévalués,
les bénéfices sous-évalués. Les parlementaires
n'évoquent jamais les enjeux des cultures transgéniques
sur l'évolution du système agricole européen.
Ils préfèrent penser que "la confusion qui prédomine
aujourd'hui dans les esprits s'agissant des OGM" découle
de "l'inadaptation de l'information reçue par le grand
public".
Les parlementaires
jugent également préjudiciable la multiplication des
instances chargées de surveiller les OGM, éclatées
entre plusieurs commissions (génie génétique,
génie biomoléculaire, biovigilance, des toxiques)
et une agence, l'Agence française de sécurité
sanitaire des aliments. Ils proposent de regrouper leurs compétences
dans un grand "conseil des biotechnologies".
Le rapport de la mission
intervient alors que le gouvernement a annoncé, le 4 avril,
une information du public sur l'engagement de nouveaux essais sur
63 parcelles réparties dans les régions Midi-Pyrénées,
Auvergne et Poitou-Charentes. Après cette consultation, qui
s'achèvera le 18 avril, le gouvernement décidera s'il
autorise ou non ces essais. Seules 15 parcelles concernées
doivent accueillir des essais "de recherche", proposés
par les firmes Biogemma et Meristem.
Hervé Kempf
et Patrick Roger
Sources : Le Monde
- Article paru dans l'édition du 15.04.05
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