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  • 10 juin 2005 - Avec les biocarburants, une nouvelle ère s'ouvre pour l'agriculture

A quelques centaines de mètres de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), un site de fabrication de biocarburants, une énergie renouvelable. Cette image sera-t-elle celle de la France du XXIe siècle, alors que l'épuisement, à terme, du pétrole est dans tous les esprits ? Au Mériot, elle sera bientôt réalité. Ici sera construite l'une des six usines de carburant végétal retenues par le gouvernement, à la suite d'un appel d'offres qui avait reçu une dizaine de candidatures. Par ailleurs, des sites déjà existants verront leur capacité de production augmenter.

Le ministre délégué au budget, Jean-François Copé, a précisé, dans un courrier daté du 31 mai, aux initiateurs des projets retenus les volumes qui bénéficieront d'une réduction partielle de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP). Ainsi au Mériot, seront produites 130 000 tonnes de Diester (ester méthylique d'huile végétale), contre 200 000 envisagées dans le dossier de candidature.

A partir de 2007, au moins 800 000 tonnes supplémentaires de biocarburants devront être produites, réparties entre le biodiesel (à base de colza ou de tournesol et incorporé au gazole) et le bioéthanol (à partir de maïs, blé ou betterave, mélangé à l'essence). Le soutien de l'Etat est évalué à 320 millions d'euros, par le biais de la défiscalisation. Dans une seconde phase, le volume sera porté à 950 000 tonnes, avait annoncé, le 19 mai, Jean- Pierre Raffarin, permettant ainsi de respecter une directive européenne qui vise à incorporer dans les réservoirs 5,75 % de biocarburants d'ici à 2010.

L'usine de l'Aube a déjà une longue histoire : "Il y a une dizaine d'années, la ville et d'autres partenaires s'étaient déjà impliqués dans un projet d'usine de biodiesel" , se souvient Gérard Ancelin, maire (div. d.) de Nogent-sur-Seine (6 000 habitants) et vice-président du conseil général. Une plate-forme d'accueil avait même été construite, mais le site n'avait pas été retenu. En 2004, le cartonnier Emin-Leydier s'y est finalement installé.


GAIN LOGISTIQUE

Quand le projet d'une nouvelle usine de biocarburants a resurgi, la ville a cherché un emplacement aussi intéressant que le précédent. En vain. La solution a été trouvée en associant le village voisin du Mériot, qui accueillera 80 % de la future plate-forme. Car ce qui séduisait Prolea, la filière des producteurs d'oléoprotéagineux, à l'initiative du projet d'usine, c'est la "trimodalité" , autrement dit la possibilité d'accès par voies ferrée (ligne Paris-Mulhouse), routière (nationale 19) et fluviale (canal de Haute-Seine). L'endroit a aussi été choisi parce que situé au coeur du bassin de production de colza ­ les approvisionnements se feront dans un rayon de 150 km. Sortiront de l'usine de trituration (traitement) des graines, semi-raffinage et estérification (transformation de l'huile en ester méthylique), mais aussi de l'huile et des tourteaux. Le gain logistique est évident. Le colza sera traité sur place, alors qu'il était transporté jusque-là vers Metz (pour l'exportation vers l'Allemagne) et vers l'usine de trituration de Grand-Couronne, près de Rouen. La production sera ensuite dirigée vers les raffineries de Haute-Normandie et de Nangy (Seine-et-Marne), toute proche. Les débouchés sont assurés, les pétroliers étant demandeurs de biocarburants. Total vient, en outre, de signer un contrat d'achat-vente à long terme de Diester.

Au Mériot (500 habitants), les travaux ont commencé fin mai. Le gouvernement ayant annoncé le 19 mai que trois usines de biodiesel seraient construites, on n'a pas pris la peine d'attendre le détail des volumes autorisés. Car il faut faire vite : dans les champs où l'orge et le colza semés n'auront pas le temps d'être récoltés, on aperçoit de larges cavités creusées pour effectuer le diagnostic archéologique. "Avec cette usine, nous allons pouvoir conserver notre école" , se félicite le maire, Dominique Malézieux. Les collectivités (mairies, conseil général...) se sont engagées à fournir la plate-forme d'accueil de l'établissement en janvier 2006 (un investissement de 13 millions d'euros) ; les travaux de l'usine commenceront juste après et dureront dix-huit mois.

Elle coûtera 95 millions d'euros, pris en charge par Diester Industrie (la filiale biocarburants de Prolea) pour l'estérification, par Saipol (filiale de trituration) mais aussi par des organismes collecteurs. Parmi eux, deux poids lourds locaux, le groupe privé Soufflet et la coopérative Nouricia. "Plus on transforme, moins on est tributaire des taux de change et de fret ainsi que du marché à l'export. Nos patrons répètent depuis des années que transformer sur place, c'est offrir de meilleurs débouchés à nos agriculteurs" , explique Patrick Pariat, directeur adjoint de Soufflet Agriculture.

Maintenant, "l'enjeu est clair, il va falloir trouver de la graine" , résume Christian Rousseau, le président de Nouricia. Il en faut 800 000 tonnes pour produire 200 000 tonnes de carburants. L'approvisionnement est-il garanti ? Des estimations ont été faites : l'idée serait de pouvoir collecter 100 % du colza de l'Aube et de la Seine-et-Marne, 45 % de celui de la Côte-d'Or, 14 % de celui de la Nièvre... D'où la nécessité que les coopératives, grandes et petites, participent au tour de table.

Il va falloir plus que doubler les surfaces dans les années à venir. Si la jachère, sur laquelle les cultures énergétiques sont autorisées, a permis depuis dix ans de lancer les biocarburants et d'amorcer la phase industrielle, elle est désormais insuffisante. Il faudra passer à la vitesse supérieure en dédiant au colza de "vraies" parcelles. Une décision à laquelle incitent les aides aux cultures énergétiques (ACE, 45 euros par hectare), une mesure mise en place par la Commission européenne en 2004.

La garantie d'un revenu stable semble ainsi être la meilleure solution pour mobiliser les agriculteurs. La filière, elle, s'engage à payer le colza énergétique à 95 % au minimum du prix du colza alimentaire. Autre piste pour garantir les approvisionnements : améliorer la résistance de la plante et sa régularité de rendement.

Les collecteurs ont commencé leur travail de sensibilisation. "Les agriculteurs seront partants, explique M. Rousseau. Dans une économie agricole où les perspectives sont négatives, ils sont à la recherche de débouchés. Et pouvoir dire que son métier est utile pour limiter les gaz à effet de serre, c'est très valorisant."

Un Marché mondial très disputé

En 2004, 33 millions de tonnes de bioéthanol ont été produites, le Brésil et les Etats-Unis se partageant 95 % du marché. Le Brésil reste de justesse en tête, mais pour combien de temps ? Des discussions ont actuellement lieu à Washington sur de nouvelles défiscalisations, et de nouvelles usines sont en construction. Alors que la Thaïlande, la Chine ou l'Inde commencent à s'intéresser à l'éthanol, les deux pays leaders mondiaux arrivent sur le marché du biodiesel (plus de 2 millions de tonnes produites en 2004, principalement en Europe).

Si, jusqu'en 2001, la France était pionnière sur le Vieux Continent, elle a été rattrapée par l'Allemagne pour le biodiesel et par l'Espagne pour l'éthanol.

Laetitia Clavreul

Sources : LeMonde

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